La fermentation malolactique : la seconde transformation, toute en douceur
Quand la fête des levures se termine, la scène est envahie par une autre troupe : les bactéries lactiques. C’est la fermentation malolactique (FML). Si la fermentation alcoolique est le grand bouleversement, la malolactique est plutôt la caresse apaisante qui vient adoucir certains vins.
Les actrices : bactéries lactiques et leur pouvoir de transformation
Les actrices principales sont les bactéries du genre Oenococcus oeni, mais d’autres genres comme Lactobacillus peuvent aussi jouer un rôle minime (source : Université de Bordeaux, Œnologie).
Leur objectif ? Transformer l’acide malique, naturellement présent dans le raisin (le même que dans les pommes vertes), en acide lactique (doux, crémeux, présent dans le yaourt). Ce passage de la verdeur croquante à la douceur onctueuse a des conséquences notables :
- Diminution de l’acidité totale : le vin paraît moins vif, plus rond
- Libération d’arômes secondaires (notes de beurre, noisette, brioche, selon les cépages et conditions)
- Stabilisation biologique du vin : un vin qui a « fait sa malo » est moins susceptible de refermentation ou de déviation microbienne ultérieure
(Source : Revue des Œnologues, n°181)
Quand et comment intervient la FML ?
La fermentation malolactique commence après la fermentation alcoolique, parfois naturellement lorsque la température remonte à une vingtaine de degrés. Sa durée est plus variable : de une à six semaines, et dépend fortement de la température (idéalement entre 18 et 22°C), du degré d’alcool obtenu, du SO (soufre) présent et du pH du vin.
À noter : tous les vins ne la réalisent pas. Si elle est quasiment systématique pour les vins rouges, elle est volontairement bloquée pour certains vins blancs, notamment ceux dont on souhaite conserver une acidité crayeuse (ex : les rieslings allemands, le muscadet, ou le chablis).
Effets sur le profil du vin
La FML est une sorte de « polissage » qui arrondit la bouche. On considère qu’1 g/l d’acide malique donne une impression acide plus nette que la même quantité d’acide lactique. Ainsi, la perte de 2 à 3 g/l d’acide malique en rouge peut changer radicalement la perception de fraîcheur et de souplesse.
- Vins rouges : Presque tous réalisent la FML, qui leur apporte structure, rondeur, et une stabilité indispensable à leur vieillissement.
- Vins blancs : Le choix dépend du style : un bourgogne blanc « beurré » l’aura faite, un sauvignon de Loire frais et tendu non. Les Champagnes, par exemple, sont majoritairement (mais pas toujours) privés de cette malo pour garder tension et fraîcheur (source : Comité Champagne).
Anecdote notable : le fameux goût « beurré » des chardonnays élevés en fût de Bourgogne provient en partie du diacétyle, molécule secondaire libérée par la fermentation malolactique.