Des risques multiples : tour d’horizon des “compagnons” microbiologiques
1. Levures sauvages et risques organoleptiques
Toutes les levures ne sont pas utiles à la fermentation. Hanseniaspora, Pichia, Candida et d’autres peuvent s’inviter s’il n’y a pas suffisamment de SO₂ pour les contenir. Certains souches génèrent des métabolites peu agréables :
- Goût de “souris” (arôme rance, castoréum) : causé par l’accumulation de N-heterocycles, perçu comme du plastique brûlé ou croûte de fromage rance.
- “Refermentation en bouteille” : bulles inattendues, trouble, explosion de bouchon parfois, par résurgence de levures actives.
- Goûts amers, goûts “bitter” ou de savon issus de déviations dues à des levures indésirables (source : Revue des Œnologues, 2021).
2. Brettanomyces : le mythe, la réalité, et le seuil de tolérance
Brettanomyces bruxellensis, alias “Brett”, est un habitant traditionnel mais souvent indésirable dans le vin rouge. Sans SO₂, il prolifère facilement, surtout après la fermentation alcoolique ou en élevage sous-bois :
- Dès 300 à 400 µg/L de phénols volatils (4-EP, 4-EG), les notes animales (“écurie”, “cuir”, “sueur”, viande fumée) couvrent les arômes fruités du vin (source : Institut Français de la Vigne et du Vin, IFV).
- Au-delà de 700 à 1000 µg/L, la majorité des dégustateurs considèrent le vin comme “déviant”.
- 25% des dégustateurs avertis trouvent la note agréable sous 400 µg/L, d’où les débats chez les amateurs de vin nature (source : Revue du Vin de France, 2022).
3. Bactéries acétiques : quand le vin s’aiguise
Ce sont elles qui font “tourner” un vin et produire de l’acide acétique (vinaigre) s’il n’est pas protégé :
- Au-delà de 0,7 g/L d’acidité volatile (exprimée en acide acétique), le nez commence à repérer le vinaigre ; à 1,2 g/L, la plupart des usages commerciaux deviennent difficiles (source : OIV, cahier technique 2020).
- Dans un vin nature sans SO₂, il n’est pas rare de mesurer 0,6 à 1 g/L sur une cuvée non maîtrisée.
4. Bactéries lactiques : de la finesse à la “piqûre” lactique
Oenococcus oeni est apprécié pour la fermentation malolactique classique, arrondissant les rouges. Mais sans SO₂, Lactobacillus hilgardii & co risquent de s’emballer :
- Piqure lactique : and fermentation malolactique non maîtrisée après la mise, bulles, trouble, goûts de beurre ou crème caillée.
- Certains Lactobacillus produisent aussi du D-lactate (saveurs altérées, odeur de yaourt tourné).
5. Moisissures et mycotoxines : un risque rare mais non nul
Rarement un problème dans le vin fini, mais si le raisin a été blessé ou gâté, des moisissures peuvent produire des géosmines (goût de terre, betterave) ou, pire, libérer des mycotoxines (ochratoxine A). Ceci reste exceptionnel, la filtration et les contrôles limitent le risque, mais sans SO₂, la prolifération est facilitée.